Préparation
Une course, ça ne se fait pas comme ça. Il ne suffit pas d'arriver sur le circuit, d'enfiler son casque, ses bottes et d'y aller.
Il faut d'abord bichonner sa partenaire : la moto. Mais pour ça, il faut plusieurs choses : une moto, un budget (donc des sponsors.
nous ne sommes qu'étudiants), de la main d'ouvre (ce sera nous même) et du matériel (donc un budget).
Procédons par étape :
Question moto, Nico a tout ce qu'il faut : un 600 Fazer (Yamaha) destiné à la course, mais endommagé après une tentative l'an dernier à la course sur le circuit Carole en région parisienne sous la pluie. avec des pneus secs. donc chute. L'IMT est crée en novembre. Donc dès. tout de suite, il faut chercher des sponsors. Et oui, sans sponsor, il est impossible que nous fassions quoi que ce soit. La compétition en sports mécaniques revient excessivement cher : licence, pneumatiques, inscriptions aux courses, essence, lubrifiants. sans parler des pièces à changer en cas de chute.
Une plaquette
est élaborée (offerte gracieusement par Co.cli.co) et des
binômes sont
déterminés pour la chasse aux sponsors. Certains
pensaient que ce n'était pas
un problème. Ils se sont vite rendus compte que ce sera notre
difficulté
première. La ville entière est ratissée :
bouchers, opticiens, banques,
conseil général, mairie, entreprises diverses
(imprimeries, intérims). tout le
monde y passe. Nous parvenons finalement à trouver quelques
partenaires que
nous tenons encore à remercier car sans eux rien n'aurais
été possible : VRG
Production, Caucadis Construction, BFP Cindar, Co.cli.co,
Société générale, Kiloutou,
Motodiscount et L'ISMANS. Un panneau sera réservé
à tous ces partenaires sur le
stand lors des courses. Mars
2005 : on trouve, en collaboration avec des 2ème
année de
l'école, un garage. La moto est donc rapatriée au Mans
pour subir tout un tas
de transformations : réglages suspensions, peintures,
réparation des
pièces détériorées par la chute
précédente. Tous les membres sont présents pour
avancer au plus vite. La course du Mans n'est plus très
loin : juste un peu
plus d'un mois. On choisit de
peindre la moto en bleu et rouge (et liseré blanc). Il faut
réparer le
réservoir cabossé à cause de la chute. On attend
de nouveaux bouchons de
fourche (à réglage rapide) qui tardent à arriver.
Il faut changer les ressorts
de fourche (tarés plus durs, faits sur mesure, au poids du
pilote). Poncer, mastiquer, peindre. Rappelons que
nous ne sommes pas des pros. La plupart n'ont jamais fait un tel
travail. C'est
long, il fait froid et nous n'avons pas forcément beaucoup de
temps libre
puisque, je le répète, nous sommes étudiants. ne
perdons pas de vue ce pourquoi
nous sommes au Mans : les études. Il ne faut pas les
négliger. Et nous ne
voulons pas non plus négliger cette préparation. Les
séances peintures se sont
souvent finies très tard dans la nuit en raison d'une peinture
qui tardait à
sécher (trop froid et humide). Notre ambition nous a permit de
dépasser toutes
les limites, malgré les odeurs de détergeant, solvants et
autres peintures. Puis à
l'approche de la course, la moto étant prête, il a fallu
coller les
autocollants des sponsors, préparer le panneau sponsors, un
établi/table à
manger. Et chaque
entraînement préliminaire (notamment ceux sous la pluie)
représentait une angoisse
extraordinaire pour les « préparateurs ».
Manche d'ouverture des 24 heures du Mans 2005
Mardi
12 avril : L'installation
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16h00 :
C'est le grand départ ! Les 5 voitures à disposition
débordent de tout le
matériel. Rien n'est oublié, de la clé de 12 au frigidaire en passant
par la chaîne hi-fi (pour l'ambiance, les
informations et surtout la météo), les quelques
pièces de rechange et la
nourriture. 17h00 : Dès notre arrivée sur le
circuit, nous nous empressons de trouver le meilleur
emplacement. Chance, le parking est quasiment vide. Nous sommes
déjà une
dizaine pour le montage du stand et de nombreux amis nous rejoindront
pour nous
prêter main forte. Il y a beaucoup à faire et les
volontaires sont les
bienvenus : montage du stand, placement du panneau sponsors,
montage de la
tente. Et le résultat est stupéfiant. 20h00 : Deux bonnes heures pour
monter notre stand. Nous entamons notre premier barbecue sur le Bugatti
dans
une ambiance plus qu'agréable avec tous les membres du team. 23h30 : Le festin touche à sa fin et il est tant pour la plupart de rentrer dormir chez eux, au chaud (privilège d'habiter au Mans). Seul Pierre (Coach), Seb (Mécano) et Nico (Pilote) ont le courage d'affronter la température qui frise les 2 degrés en dormant dans la grande tente installée à côté du stand. |
Mercredi
13 avril : Essais libres
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9h00 :
Comme
prévu, la nuit fut très fraîche, et certains ont
beaucoup de mal à mettre le
nez dehors. Seb prend l'initiative de préparer du chocolat chaud
en espérant
que cela puisse attirer le coach hors du duvet. 10h00 :
Les renforts arrivent. L'équipe est maintenant au grand complet.
Le Coach et le
Pilote se présentent aux contrôles administratifs, tandis
que les mécanos Dany,
Seb et Fred amènent la moto au contrôle technique. Le
début de ce contrôle se
passe sans encombre. Mais malgré les efforts des
« préparateurs », le
couperet tombe : les plaques sont trop brillantes, le moteur n'est
pas
plombé (pour éviter la triche). Le moral des
« peintres » qui se sont
donnés tant de mal tombe dans leurs chaussettes : il faut
poncer ce si
beau rouge. 11h30 :
L'épisode du contrôle est enfin terminé et
l'équipe peut se décontracter. 12h00 :
Gégé ainsi que Fred entament la préparation des
spaghettis à 12h45 :
Le pilote indique aux mécanos les réglages à
effectuer. Durant ces essais
libres, il pourra se jauger face aux autres pilotes de la course.
Attention à
ne pas prendre de risques car la moindre petite chute serait quasiment
éliminatoire compte tenu du budget et de l'infime nombre de
pièces de rechanges. 13h00 :
Le Pilote se concentre et se prépare pendant que les
mécanos font les dernières
vérifications sur la moto. 13h20 :
Il est temps d'aller en pré grille. La tension monte encore d'un
cran. 13h29 :
Le visage fermé, le pilote installé en pré grille
au milieu des autres
concurrents essaye de se rassurer en
écoutant les encouragements de toute l'équipe. 13h30 :
Début de la séance. Le
rythme des
premiers tours est surprenant. La moto est bien réglée,
le pilote survolté.
Quatrième tour : surprise ! Nico passe en dessous des
2minutes :
1'59''. L'équipe se met à rêver d'une place en
finale A. Sixième tour, nouvelle
amélioration en 1'58''. « Il fera pas
mieux » se disent les
« chronométreurs ». 8ème tour, Nico rentre au
stand et les
mécanos se précipitent autour de la moto. Le pilote se
plaint d'un frottement
dans les virages à droite. Après vérifications, en
effet c'est le pot
d'échappement qui frotte, mais la séance est trop courte
pour une quelconque
modification. La moto
a
aussi quelques problèmes en entrée de virage, nous
affinons donc le réglage de
l'amortisseur. La séance est presque terminée et il faut
vite repartir pour
aligner encore 2 ou 3 tours. Trois tours plus tard Nico explose le
chrono avec
ses 1'57''. A son retour au stand l'équipe lui offre une petite
Holà !!
L'objectif initial était de finir aux alentours de la 50ème place
sur 71 concurrents. Mais à la vue de ce
temps, l'équipe s'imagine
déjà au départ de la finale A
(réservée aux 40 meilleurs temps) qui se déroule
le samedi matin avant le départ des prestigieuses 24 heures du
Mans moto,
devant près de 80000 spectateurs. Les essais qualificatifs sont
attendus avec
impatience. |
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Après
une nuit
toujours aussi fraîche, nous faisons face à la
première mauvaise nouvelle de la
journée : il pleut. Les premiers essais qualificatifs ont
lieu en début
d'après midi et l'équipe commence à
s'inquiéter à cause du manque d'expérience
du pilote sur sol humide. La crainte prend le pas sur l'impatience de
la veille. 13h00 :
Il ne pleut plus. Plus qu'une heure pour que la piste sèche
avant les premiers
tours de roues de Nico dans le cadre des qualifications. 13h25 :
La piste peine à sécher. L'équipe décide
alors de mettre la moto en configuration
pluie. Tout le monde s'active pour monter les pneus pluie, assouplir
les
suspensions. 13h55 :
Le pilote est en pré grille, prêt à
affronter une séance qualificative des plus humides. La tension
est palpable. |
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8h00 :
Encore un matin frais. Il ne faut pas trop s'attarder, les essais sont
à 10h00.
Comme tous les matins jusque là, les membres de l'équipe
arrivent au fur et à
mesure. Coup d'œil inquiet sur la météo : temps
mitigé, averses en fin de
journée. Aïe ! Pour nous à ce moment là,
la fin de journée signifie :
finale B et compte tenu du chrono de la veille, on n'ose plus penser
à la
finale A. 10h00 : la séance de qualification,
débute dans
l'inquiétude. Comment cette séance va-t-elle se
dérouler ? Le Pilote a la
pression pour que le chrono affiche au moins une fois 1'57''. Les temps
tombent
à chaque tour. 1 '59 dès le 5ème tour. On y
croit, il améliore
toujours. Et puis l'explosion de joie derrière le panneau :
1'57''. Bien
que nous ne connaissons pas les temps des autres pilotes (il y a 2
séances
qualif pour éviter que les 71 motos soient en même temps
sur le circuit), nous
sommes heureux et surtout très fiers de ce pilote qui nous
épate à chaque fois.
La moto, il faut bien l'avouer, n'est pas la meilleure du plateau. Elle
est
bien réglée, certes, mais elle commence à vieillir
(modèle 98) et les nouveaux
modèles sont très performants. Rien ne nous avantage.
Faire une première course
sur un circuit aussi prestigieux et rapide que le Bugatti et
réaliser des
chronos en dessous des 2 minutes relève presque de l'exploit. Il
ne faut pas
oublier que l'an dernier, avec un tel temps, on faisait parti des 10
meilleurs.
On reprend espoir. On rêve de la finale A. 14h00 :
une fois les deux séances qualif passées, l'attente des
temps officiels avec la
répartition des pilotes dans les finales A ou B est
extrêmement longue.
D'autant plus que la finale B est à 17h00 et que le temps se
gâte. On essaie de
faire tomber la pression. On y croit. Mais attention à ne pas
trop y croire car
la déception n'en serait que plus grande si ce 1'57''
était après le 39ème
temps. Et puis la feuille rose apparaît chez les voisins (les futés, ils sont allés la chercher à
la sortie
de l'imprimante). On jette un oil rapide. tout le monde guette
l'expression du visage de Dany. Le sourire qui s'imprime ne fait que
marquer le
début d'une série bonnes choses. 34. C'est-à-dire
Finale A. On en rêvait. Ce
petit génie du pilotage l'a fait : on sera au départ
de la finale A samedi
matin à 10h00. Cette joie sera d'autant plus appuyée par
la météo car la finale
B s'effectuera sous la pluie. On l'a échappé belle comme
on dit. Pour fêter
cette finale A. barbecue. Et on regarde
les essais de nuits des 24h. |
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8h00 : levés
tôt après une nuit
toujours aussi fraîche et bruyante (les spectateurs sont
arrivés en masse hier
soir et commencent à faire chauffer leur moteur. un peu trop
même), nos
sourires ne sont pas aussi grands qu'hier lors de l'annonce de notre
place sur
la grille. Et pour cause : il fait beau, ok, mais la piste est
humide. La
course est à 10h00. Vu la température, peu de chance
qu'elle soit sèche, malgré
la finale des 1000cm3 de 9h00 : les super roadster
partent en pré grille, certains sont montés en pluie
avant et arrière, d'autres
uniquement à l'avant. C'est peut être ce choix qu'il faut
faire. On regarde la
course, la piste sèche mais très lentement. Que
faire ? 9h30 : le pilote s'habille et
Dany et Gégé s'attèlent pour monter le pneu pluie
à l'avant (plus long à monter
que l'arrière). Tout se passe bien, mais l'heure tourne. 9h40 : le pilote est prêt. la
moto aussi. La coordination entre les membres est parfaite. Certains
aident le
pilote, d'autres s'occupent de la moto, personne n'empiète sur
les plates
bandes des autres, pas de cafouillages. On croirait qu'on a fait
ça toute notre
vie. Et pourtant. c'est la première fois. 9h50 : Nico enfourche la moto dont le moteur tourne depuis 3 minutes pour le faire chauffer et part en pré grille. Chacun à son poste. Boulou, Sèb, Dany et Coach partent sur la ligne de départ pour panneauter et chronométrer, les autres se postent aux divers endroits stratégiques pour les photos et vidéos à prendre. La course Dans la ligne droite des stands,
tout le monde se recule. La sécurité nous évite de
voir ce départ canon de
notre poulain. Les moteurs et nos cours s'emballent. Les feux rouges
s'allument
et ne vont pas tarder à passer au vert. VERT : c'est parti, on accourt vers le
muret : il semble que Nico soit très bien parti. Le premier
passage sur la
ligne d'arrivée est attendu avec impatience. Le premier
concurrent passe. Le
compte peut commencer. 1. 2. 3. 20. 25. 29. il est 31ème dès le
premier
tour. On bondit de joie. C'est un bon début. 5ème
tour, le commentateur annonce « chute au virage de Nico est survolté : il passe au moins une
moto
par tour. Au 7ème tour, alors qu'il vient encore d'en dépasser une,
on se dit qu'il ne fera pas mieux que 24ème. C'est son numéro. Son
prédécesseur est loin devant. Il ne pourra pas remonter.
On continue de
compter. Prodigieux. Au 8ème tour, ils sont roue dans roue. Les
jambes du Coach et de Dany flageolent. « Il est pas
croyable ce P'ti gars
». Les comptes s'emmêlent dans les tours
qui suivront. Le drapeau à damier s'agite. Pour nous, la place
finale est 23ème. Boulou, Coach et Dany attendent le numéro 24
à la
sortie de la piste. A sa vue, ils se mettent à genou et font le
signe de prière
musulmane, signe de grand respect. Coach lui saute dans les bras, on a
du mal a
réaliser ce qu'il vient de se passer. On hurle, on saute dans
tous les sens.
Tout le monde est tourné vers nous. Certains ont des fous rires,
d'autres nous
regardent de travers, se demandant certainement qui sont ces jeunes
fous
furieux. Non, nous ne sommes que des étudiants qui vivent
quelque chose de
génial. Le pétage de plomb ! 11h00 : la feuille rose arrive. On se jette
dessus pour chercher le numéro 24 : il n'est pas à
la 23ème
place. bizarre. Il est 21ème. explosion de joie dans le camps IMT.
Toutes les personnes présentent nous dévisagent. C'est merveilleux. Avoir la plus vieille moto du
pack, préparée par des étudiants, le pilote le
moins expérimenté, le plus petit
budget. et faire 21ème sur un circuit tel que celui du Mans est une
performance incroyable. 11h30 : On se rhabille correctement pour faire
les photos de groupe. T-shirt et tout le toutim. La fierté est
bien présente.
Oui, on fait du bruit ! Oui, on est heureux simplement pour une 21ème
place ! Ok, notre stand est superbe. Tout le monde croit que notre
budget
est très important... mais que nenni. Nous ne sommes que des
étudiants qui se
sont donnés à fond pour ne pas être ridicules, pour
prouver qu'avec peu nous
sommes capables de beaucoup. |
Dimanche 17 avril : On remballe
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La
journée se déroule sans aucune contrainte. Mais
l'équipe est fatiguée. Qu'importe,
les sourires sont gravés sur les visages, pour les idées,
le temps n'a pas
avancé. on est toujours hier matin. 15h30 : la course des 24h est finie. Allez,
motivons nous, il faut tout replier et partir. Ne vous inquiétez
pas les mecs.
les souvenirs resteront. 17h00 : On a fini de plier la tante et la
tonnelle. Dany, après avoir passé 30minutes dans les
bouchons, arrive pour finir
de charger et débarrasser le parking désormais vide. 18h00 : la
dernière voiture est pleine,
le stand est plié, débarrassé. L'enthousiasme n'a
pas été le même pour monter
que pour démonter. Le week-end course est fini, nous avons du mal à partir. Il commence à faire nuit,
il fait
froid, mais l'envie de rester une nuit de plus ne nous aurait pas fait
peur. |
Malgré les difficultés à
récolter des fonds,
trouver des sponsors, malgré les problèmes
rencontrés au cours de la
préparation, l'aventure IMT ne fait que commencer, on
l'espère. Cette
expérience nous a appris beaucoup. Nous avons sympathisé
avec de nombreux
pilotes pendant le week-end de la course au Mans. Ils nous ont
donné beaucoup
d'astuces notamment pour augmenter notre budget, chercher des sponsors.
Et nous
en avons déjà tenu compte en réalisant le clip
vidéo.
Merveilleux,
génial, monstrueux, énorme, magique, terrible, d'enfer.
les superlatifs
français n'existent pas encore pour décrire l'aventure
intense vécue par ces
jeunes étudiants du 12 au 17 avril 2005, week-end des 24h moto
au Mans.
Anecdotes, rires, larmes de joie, fatigue, stress, bagarre en piste.
quotidien
de notre aventure sportive qui s'est révélée plus
qu'une course, une aventure
humaine splendide et qui restera longtemps gravée dans nos
mémoires de mordus.
Le chemin était parsemé d'embûches, mais le jeu en
valait largement la
chandelle. C'est promis.
L'année prochaine, on remet
ça !!